* Médiations (suite)

La logique de l'ironie



Récréation

CRÉER v.tr., d’abord crier (v. 1119), puis creer (v. 1155), est emprunté au latin crearer. Celui-ci est à l'origine un terme de la langue rustique, issu de la même racine que crescere (→ croître). qui signifie « faire pousser, faire grandir, produire », Il est ensuite passé dans l'usage courant au sens de « faire naître » (au propre et au figuré) avec des spécialisations juridique « nommer » et religieuse « tirer du néant », pour traduire le grec ktizein […] (Le Robert Dictionnaire historique de la langue française)

RECRÉER v.tr. (1457) « créer de nouveau » puis « reconstituer (ce qui était détruit) », « réinventer » […] (Le Robert Dictionnaire historique de la langue française)

RÉCRÉER v.tr., d’abord recreer (XIII° s.), réfection de recrier (v. 1155), puis récréer (1501), est emprunté au latin recrearer « produire de nouveau » d’où « faire revivre, réparer, refaire), de re (→ re-), préfixe à valeur itérative et creare (→ créer).
⧫ Le mot a perdu son sens étymologique de « créer à nouveau », se recréer signifiant « se vivifier » ; cette valeur sera assumée plus tard par le préfixé de créer*, recréer […] (Le Robert Dictionnaire historique de la langue française)

temps
RÉCRÉATION n.f., d’abord recreation (1215), est emprunté au dérivé latin recreatio, -onis « rétablissement »
▶ D’abord attesté au sens de « réconfort » qui a disparu, le mot désigne le repos, le délassement qui vient interrompre un travail (v. 1282) […] (Le Robert Dictionnaire historique de la langue française)

Le jeu des dimensions :

Le feuillet : Un souvenir... une rencontre... un livre : « Espèces d’espaces ». L'ouvrir et cet instant, cette surprise : voir s'échapper et tomber... une sorte de « signet », un « feuillet », inséré entre deux pages... Se baisser, relever ce feuillet, le redresser, le prendre en main pour le lire (*)... l'émotion... la découverte d'une « pensée — objet », d'une « pensée-signe-vie »... le lapsus, le laps,.. le temps, l'espace... le temps/l'espace. Tiens... Cóng... 

apartir
inserer

Nous avons re-commencé notre lecture... quelque chose avait bougé, changé... Les deux premiers chapitres, les deux premiers « espaces » étaient simples, familiers : la page, le lit... L’émerveillement était d'y re-connaitre l’élémentaire de notre géométrie et l’élémentaire de son vocabulaire...

pagedroite
pagegauche

Le plaisir... suivre lettre à lettre ce « strictement » de l'« h-o-r-i-z-o-n-t-a-l-e », et ainsi le voir flécher – donner un sens - vectorisernoircir le vierge (l’espace), l’entre... l’articulation... articuler... tourner quelques pages  :

pagelit

Grandeurs et dimensions - Mode d’emploi : « On utilise généralement la page dans le sens de sa plus grande dimension. Il en va de même pour le lit. ». Cette phrase ouvrait la page 33 ci-dessus et renvoyait à la page 21. Ces deux pages au numéro impair (pages de droite) faisaient face toutes deux à une page blanche et non numérotée, précédée d’une autre page au centre de laquelle le titre était comme souligné, accompagné...

lapage
lelit

... d’une citation dont la longueur et la valeur apparaissaient « calculées » (ré-évaluées, re-calculées) au plus juste...

... parcourir la page... se coucher dans son lit... nous conduisaient à deux autres titres : « Les choses » et « La vie mode d'emploi », deux autres livres où Georges Perec racontait le quotidien, le familier. « On utilise généralement la page dans le sens de sa plus grande dimension. Il en va de même pour le lit. ». Que dirait-il du tableau noir ?

Que dirait-il du tableau noir, de la craie et de son usage, de ces savoirs qu’elle tente de fixer, de ces paroles qui s’effacent... Pouvait-on, pourrions-nous recréer, redonner vie à ce « laps d’espace » ? Saurions-nous « [...] l’interroger, ou plus simplement encore [...] le lire [...] ? »

Pratiques et praticiens  –  Leçons de choses :

Prise en main : « Les choses », quelque chose bougeait, s’animait. La parole, l’inouï de la parole, « l’inouï de la parole que la parole recouvre... ». Les pièces du puzzle s’emboitaient peu à peu...

ouvreur
coucheur
leveur

Le travail du l'ouvreur puis du coucheur précédaient celui du leveur. La fonction, le poste, les différentes postures avaient un nom (*).

Les fibres végétales, choisies, lavées, épurées, les gestes de l’ouvreur... l’alternance des pôles, l'enchainement du droite-gauche par le haut/bas...

leveur

... le croisement de la chaîne et de la trame (*)... le texte, le tissu du texte... , Le wén ?

文 --» wén caractère / écriture / texte / composition littéraire / écrit / langue / culture / civil

La « chose-rectangle » : Gauche-droite, haut et bas, (et/ou vice-versa (*)). Deux formes, deux formats, deux « élans » disponibles. L’ouvreur et le coucheur orientaient l’espace de la feuille. Le leveur dressait ce choix devant l’homme debout, l'homo-sapiens : shi shenme dongxi ?

hommedebout

Le rectangle, la forme-rectangle, « la chose-rectangle » comme un élan ? La force, le shi du rectangle ?

convention
orientation

Une première surprise : cet élan et ce choix se retrouvaient au niveau de la fabrication industrielle du papier ; le sens de marche de la machine déterminait le sens du grain (meilleure résistance et sens du pli) : ci-dessus à gauche sont rappelées les dénominations et les conventions de cette industrie.

Seconde surprise : l’importance de la notion mathématique d’« espace fibré », d'espace « vectoriel fibré » et de produit externe : ci-dessus à droite, le diagramme correspondant (« Les enjeux du mobile ») par lequel Gilles Châtelet exprime ce qu’il appelle « la dialectique intensif / extensif ».

Le produit « orienté » : Cette différentiation de sens entre 100 × 70 et 70 × 100 n’était qu’une convention d’écriture et d’affichage, une convention pratique entre fabricants et « professionnels » de l’industrie du papier. La notion de « produit orienté » étudiée et « racontée » par Gilles Châtelet était d’une toute autre importance. Au niveau, élémentaire, qui était le nôtre et celui du petit livre, l'imagerie, l’idéographie et la cinématographie nous offraient une approche surprenante et passionnante...

course

Aucun enfant et, à sa suite, aucun adulte ne peut confondre l'intensif horizontal de la course, et celui, vertical, du saut ou du lancer. Une seconde, cette troisième seconde où le rectangle, tout à coup, s’animait, sautait, sursautait avant de reprendre sa place, son assise... Une seconde où le rectangle se « lançait » et... retombait aussitôt, rebondissait... pataud, maladroit... manifestement trop lourd. Trois secondes : il fallait bien peu de temps pour montrer... Il était bien plus difficile et plus long de dire...

... le sol - l'assise - la base...

Comment raconter la force de la vie, comment exprimer cette force vitale qui fait de chaque végétal, de chaque plante, un fragile témoin de cette force ? La cinématographie, les superbes images du Maître d’armes et de la jeune aveugle y parvenaient (*). Gilles Châtelet écrivait, proposait, décrivait :

« […] tentons de concevoir un rassemblement de fibres où chacune serait véritablement affectée par l’extériorité indomptée des autres. […] »

orientation

« Chaque fibre [monade-fibre] expérimentant un chemin dans l’univers B [la base] établit une sorte de synthèse associée à chaque chemin. »

Arithmétique politique, la vie et les enjeux de « l'art du calcul », les « chouren » :

« [les auteurs] voudraient comprendre que l’Orient désigne par calligraphie davantage un comportrement, une manière d’être, recouvrant en même temps la littérature et l’ensemble des arts [...] dans le cas de la calligraphie chinoise, peut-être faudrait-il parler de pensée-signe-vie [...] » (*)

« L'aplomb et l'équilibre » : Nos premières découvertes... « Peindre les idées » :

« [...] on apprécie, pour le tracé d’un caractère, la plus grande « diversité » possible à l’intérieur de l’espace imposé par la structure du caractère, de façon à éviter au maximum l’image d’inertie et de répétition propre à un tracé mécanique des traits ; l’aplomb et l’équilibre déterminent un beau caractère [...] « L’espace vide qui règne entre les lignes comporte des règles, l’espacement ne doit pas devenir éloignement, le resserrement ne doit pas devenir promiscuité, comme dans le tissage de la soie, le dessin et le fond doivent parvenir à s’accorder parfaitement. ». […] »

力 --» force / vigueur / puissance / capacité / s'efforcer de / faire tout son possible / de toutes ses forces / de son mieux / (19e radical)

L'élan de la forme... dans un premier temps nous avions lu « élan de la force ». L'expression apparaissait au troisième chapitre du livre de François Jullien « La propension des choses » (*). Après 1.Le potentiel nait de la disposition (en stratégie), puis 2.La position est le facteur déterminant (en politique), le titre 3 « L'élan de la forme, l'effet du genre » annonçait des « réflexions sur l'art », conduites par une interrogation : en quoi « l'art aussi [est-il] à concevoir en termes de che, comme dispositif ? ». La révélation/recréation était là, dans ce procès, ce processus que François Jullien opposait à la création : le shi, l'élan de la forme se trouvait, « se lisait »...

« [dans] la tension animant les divers éléments de l’idéogramme calligraphié [...] »
fleche
hallebarde
equilibre
empire
arable

La charnière, l’articulation, le levier : George Perec et Gilles Châtelet nous offraient un renouveau de notre langage et de notre « façon de voir », de traduire en images ce même langage. Les dernières pièces du puzzle, celles dont on retarde la pose tant elles apparaissent certaines, certifiées à l’avance, révélées « en creux » par le travail des poses précédentes nous apparaissaient. Parmi toutes ces pièces, le couple extensif / intensif déterminait la clé de cet assemblage...

... ce diagramme (Les enjeux du mobile., page 172)...

dialectique1

... diagramme précédé par ce vis-àvis, (page 172/173)...

dialectique2

... tous deux « annoncés » par cette phrase, page 162 :

« […] Il s’agit de mettre en œuvre une discipline de discernement qui sépare les degrés d’articulation dans l’espace et dans l’esprit et qui s’appuie sur des dialectiques : celle du discret et du continu et celle de l’intensif et de l’extensif. […]. » (Les enjeux du mobile.)

... le discret et le continu, l’extensif et l’intensif tous deux résumés et figurés par le geste, le geste humain : la dispersion horizontale, terrestre (produire...) et l’épuisement continu vers le haut (amasser, accumuler...), la recherche, la constitution d'une unité... (la volonté et/ou l'espoir d'une unité solide, durable).

dialectique3

Les « chouren » 疇人 : Le contexte historique des premiers « Art du calcul » parus en chine était celui de toutes ces sociétés nées de l’agriculture ; mille ans après les scribes égyptiens et mésopotamiens, les fonctionnaires des premiers empires chinois, mathématiciens et astronomes sont des « chouren».  疇 人 : l’homme (ren) avait cette capacité : transformer la force, la force brute, brutale en procédé, en technique « domestique ». Domestiquer, mettre en marche, en ordre de marche, un pas après l’autre...

homme

... la vie : celle de la terre et celle du ciel, traduire, re-traduire cette vie en signes terrestres « utiles », pratiques : la force...

... mais la force comme chapeautée, domestiquée, contrôlée...

方 --» direction/côté/méthode/moyen/carré/en ce moment .

Les sciences de l'ingénieur : En présentant comme une [...] référence obligée [le] classique des classiques [...] « L’art du calcul en neuf chapitres » Jean Claude Martzloff note que :

« [...] ceux auxquels ils étaient destinés avaient des préoccupations fort concrètes car il y est sans cesse question d’arpentage des champs, d’échange de grains, de taxes, de travaux de terrassement. [...] »

En Chine comme en Egypte et en Mésopotamie, l’accroissement de la population était lié à la production agricole. La Chine se différenciait cependant par son climat et son relief qui imposaient une hydrologie bien difficile à maitriser :

« La maîtrise de l’eau est une constante dans l’histoire chinoise. Les grands fleuves He et Jiang (fleuves Jaune et Yangzi) sont les épines dorsales de cette nation, leurs affluents en composent le système nerveux. Mais malgré d’importantes capacités, la disponibilité en eau par habitant figure parmi les plus faibles au monde. Avec la progression des zones arides et une pollution généralisée, le contrôle des eaux semble aujourd’hui plus que jamais une priorité pour les autorités chinoises. Depuis la maîtrise des crues du Fleuve Jaune, il y a plus de 4.000 ans, la Chine s’est lancée dans le remodelage de la nature. » (*)
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Un titre : « Physique grecque et physique chinoise ». Six pages de Michel Soutif et cette conclusion :

« [Les grecs] privilégient la théorie au point même de rejeter souvent toute idée d’application. » [...] « Tout au contraire, les chinois placent avant tout l’observation de la nature, l’énoncé de lois expérimentales et l’application de leurs découvertes au développement de la société. En conséquence, les sciences de l’ingénieur chinoises auront souvent plus de 1000 ans d’avance sur celles de l’occident. »

Cette distinction (« sciences de l’ingénieur ») était importante. Michel Soutif appuyait ses analyses sur le « technique ». Ainsi s’opposent :

« [...] En Occident, l’esclavage, extrêmement répandu, apporte l’essentiel de la main d’œuvre sur terre comme sur mer, et son bas prix rend inutile toute réflexion sur les énergies naturelles.
En Chine, l’esclavage est beaucoup moins généralisé et souvent restreint aux besognes ancillaires, si bien que la nécessité de dominer la nature conduit à des applications empiriques assez systématiques de toutes découvertes. Dans ce contexte, les explications logiques viennent au second plan, d’autant plus que les administrateurs sont recrutés sur des concours essentiellement littéraires et tout à fait étrangers au raisonnement scientifique. [...] »


bouche
fleche
hallebarde
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